
Nous avons, en 3 jours, eu l'impression de visiter l'ensemble des planètes du système solaire et des ses environs.
Un désert de sel de 200 km de long, des cactus de 10 m de haut, des troupeaux de plusieurs centaines de lamas, un passeur de cocaine avec sa mule, des autruches à 4300 m d'altitude, des vigognes, 70 000 flamants roses à 4600 m de haut, des arbres de pierre, des lapins qui font de l'escalade, un renard du désert, des geysers de vapeur et d'autres de boue sulfurée, des lacs blancs, rouges, noirs, verts, bleus, orange, des volcans en activité. Nous nous sommes baignés dans une source d'eau chaude (33ºC) à 5000 m d'altitude (au dessus du toit de l'europe !), nous avons dormi dans un refuge par -10ºC. Nous avons eu le vertige pendant 3 jours : "vertige horizontal" (c'est une expression de Cécile) tant c'est beau et grand, et cet autre vertige, celui des tripes, crée par la beauté des paysages, la majesté du monde animal, la densité et la diversité de ce que nous voyons.
Déjà, la route de Potosi à Uyuni vaut le détour. Nous pensions prendre une route, c'est une piste que nous empruntons dès la sortie de Potosi. Le bus est en retard, et nous craignons d'arriver trop tard à Uyuni pour réserver un tour dès le lendemain matin. Ce trajet à lui tout seul vaut le coup. Seule difficulté, nous avons prévu, pendant ces 6 heures de trajet qu'Erwan ferait maths et histoire, et l'état de la piste ne rend pas les choses faciles (pour poser les opérations en maths, alors qus ca secoue dans tous les sens). Malgré tout, Erwan s'adapte et on va au bout des 2 cours. L'arrivée sur Uyuni est comme dans Mad Max : une petite ville au milieu d'une immense étendue parfaitement plane. Nous arrivons des montagnes et distinguons, grace aux nuages de poussière, les véhicules qui partent ou qui arrivent dans la ville à fond, sans distinguer de route ou de piste.
Nous arrivons à Uyuni vers 18h00 et filons à l'agence "Monte Blanco", que Thomas et Katia, arrivés ici 2 jours plus tôt, nous conseillent. L'agence est déjà au courant de notre arrivée et nous accueille gentiment. Nous reprenons la négociation de prix que Thomas a commencé pour nous 2 jours plus tôt, et sommes heureux de pouvoir avoir Eloi comme guide, que Thomas et Katia ont apprécié. La négo est d'autant plus facile que nous arrivons avec Robert et Nina (nos 2 amis de Quebec qui nous accompagnent en pointillés depuis La Paz) et remplissons donc le 4x4.
Petite parenthèse pour ceux qui prévoient un tour dans le salar : nous avons rencontré beaucoup de monde passant par la plus grosse agence "Colque Tours" et décus du service (nourriture, logement, chauffeur-guide pas sympa). "Monte Blanco" est une agence sérieuse et plus petite, qui travaille avec des chauffeurs propriétaires de leur véhicule. Nous avons très bien mangé, Eloi, notre chauffeur-guide-cuisinier nous a emmené dans des endroits superbes en décalé par rapport aux autres groupes, nous étions presque seuls à chaque fois.
Nous cherchons ensuite un hotel, et avons du mal à trouver de la place : c'est rare depuis 4 mois. Nous en trouvons finalement un un peu juste (mais ce n'est que pour une nuit), avec 4 lits pour 5, des sanitaires communs "limite" et beaucoup de passage ... mais pas cher (2 euros par personne).
Départ le lendemain à 10h30, direction le cimetière de trains. La ligne qui relie le Chili à la Bolivie passe par ici, et un petit coin paumé en plein désert sert de cimetière aux trains depuis le début du siècle. Nous trouvons donc, en plein désert, un amoncellement de locos à vapeur toutes rouillées. Ca ressemble à une fiction post-nucléaire.
Direction ensuite un petit village au bord du salar, qui vit de l'exploitation du sel. Nous y découvrons comment le sel est séché, pulvérisé, et mis en sachet (tout à la main). Le village vit aussi beaucoup du tourisme. nous voyons plus de petits étals avec des sculptures en pierre de sel que d'ateliers de transformation de sel de table.
Le départ pour Saturne, Jupiter et Mars démarre ici. Nous entrons sur le salar. C'est une immense étendue de plusieurs centaines de km de long, par 100 km de large. C'est un bout d'océan pacifique arraché du reste de l'océan lors de la naissance des Andes il y a 25 millions d'années, et dont l'eau s'est évaporée. Il en reste une étendue de sel de 200 km par 100 km, parfaitement plane, avec du sel pur sur 10 m d'épaisseur. Ca parait "pas vrai" tellement c'est beau. Lunettes de soleil indispensables, sinon on peut à peine ouvrir les yeux tellement ca brille. La zone d'exploitation sur le bord du salar est pleine de petite pyramides, pour que le sel commence à sécher, et ensuite, c'est tout plat, tout blanc ... vertigineux.
Au milieu du salar, une ile avec des cactus géants (10 m de haut) au bord de laquelle nous nous arrêtons pour manger des côtes de lama grillées avec du Quinoa, préparés par Eloi : un régal. Du sommet de l'ile, nous avons une vue à 360° sur le salar, superbe.
Nous partons ensuite vers le petit village de San Juan, à fond sur le sel, on a l'impression d'être en bateau sur une mer d'huile ! Le chemin arrive au bord du salar, puis à travers des plantations de Quinoa (le meilleur du monde, d'après Eloi) dans lesquelles se promènent des vigognes (c'est comme des lamas, mais en plus fin, et toujours de la même couleur, beige et blanc).
L'arrivée à San Juan est magnifique : coucher de soleil et un bon millier de lamas autour du village. Les enfants filent à la poursuite des lamas, à qui approchera le plus près. Pierrick et Kael imitent le lama (Pierrick debout devant avec un bout de laine devant la bouche, et Kael courbé en deux derrière et un bout de queue), mais les lamas ne se laisseront pas abuser ... peut être que nous avons ri trop fort ?
Un diner délicieux (soupe de légumes, poulet, frites et riz), et tout le monde au lit, dans les duvets et en dessous des couvertures.
Départ après une bonne nuit et un solide petit déjeuner, direction le cimetierre et les momies. Nous qui n'avions vu des momies que dans les musées, nous arrivons dans un cimetierre indien, en altitude, avec des momies dans des formations naturelles de lave. Le site est en plein air, et les momies sont là, tranquilles, au milieu des volcans. Nous allons ensuite dans la "valle de las piedras", succession de reliefs de pierre sculptés par le vent depúis des milliers d'années, formant des formes bizarres dignes des tableaux de Dali.
Nous passons ensuite dans une série de lagunes de couleurs différentes, en fonction des minéraux présents en dessous. La Laguna Blanca, tout d'abord, ou nous découvrons nos premiers flamants roses : plusieurs centaines que nous pouvons approcher à quelques mètres. Puis la Laguna Negra, au bord de laquelle courent quelques vigognes. Nous apercevons derrière les vigognes des animaux qui courent comme des autruches, mais ce n'est pas possible, pas à 4500 m ... si, si nous dit Eloi, ce sont bien des autruches. Celles ci, par contre, ne se laissent pas approcher, et nous ne les voyons que de loin.
Enfin, la Laguna Colorada : 70 000 flamants roses vivent ici, dans une eau couleur lie de vin. Certaines zones du lac sont blanches (c'est du sulfate de potassium cristallisé), et le mélange avec l'eau rouge, les montagnes noires et le ciel bleu est exceptionnel. Les flamants roses cherchent tranquillement à manger au fond de l'eau, et nous voulons les voir voler. Je me prépare donc avec l'appareil photo, et Cécile, Erwan, Pierrick et Kael courent en criant vers le bord de l'eau. Plusieurs centaines de flamants roses s'envolent en même temps : magique et majestueux.
Notre gite à 4700 m d'altitude nous permet de passer notre nuit le plus haute, par -10° dehors, mais le gite est bien isolé, et les duvets et les couvertures suffiront.
Nous partons à 5h00 du mat le lendemain pour arriver aux geysers "sol de manana" au lever du jour, à 6h00. Nous passons, pour y aller, un col à plus de 5000 m et ca fait quelque chose de réaliser qu'on est plus haut que le sommet de l'Europe. Sur place, nous admirons des geysers de vapeur (attention à ne pas se bruler), et d'autres de boue sulfurée : on se croirait sur la lune.
Direction ensuite les sources thermales pour un bain matinal à 33° et à 4900 m d'altitude. Eloi nous trouve une petite piscine naturelle en bord de lac, et nous nous mettons en maillot de bain alors que le lac est en partie gelé (quelques degrés en dessous de zéro). Pas le temps d'avoir froid, il fait même presque trop chaud dans le bassin. Eloi nous prépare un bon petit dèj pendant que nous ramolissons dans l'eau, et nous déjeunons, face au lac, après nous être rhabillés bien rapidement. Le gel commencant à fondre avec le soleil, nous nous rendons compte que les enfants marchent sur des sables mouvants juste au bord de l'eau, juste le temps de les prévenir et de surveiller !
Quelques dizaines de km de désert plus loin, nous arrivons à la Laguna verde, turquoise, au pied du volcan Licancabur, qui trône majestueusement à 5960 m.
Notre voyage dans le système solaire s'arrête ici, nous rejoignons la frontière avec le Chili : un bout de piste en plein désert, avec une petite guitoune pour un coup de tampon sur le passeport. Le contrôle des douanes chiliennes, à l'arrivée à San Pedro de Atacama est plus compliqué : il faut vider les sacs pour prouver qu'on n'a ni drogue, ni aliments pouvant véhiculer microbes ou maladies.
Nous nous installons à San Pedro, avec l'impression d'avoir voyagé pendant des jours et des jours tellement nous avons vu et fait des choses extraordinaires et variées.
Je crois que je n'ai jamais rien vu d'aussi extraordinaire et surprenant que cette région désertique de la Bolivie : un grand moment !
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